Conte d’hiver « Une invitation inattendue »

Conte-Hiver-InvitationInattendue

Il était une fois une blairelle prénommée Anna, qui était un peu aigrie. Elle vivait seule dans sa petite maison dans la forêt, n’avait aucun ami et rouspétait sur tout le monde les rares jours où elle sortait.
Un matin froid d’hiver, Anna fut réveillée par des petits coups frappés à sa porte. Persuadée qu’il s’agissait d’une blague des enfants qu’elle entendait rire dehors, elle resta sous sa couette. La nuit avait été particulièrement fraîche et la forêt était à présent recouverte d’un épais tapis blanc. C’était le temps parfait pour sortir jouer dans la neige… ou pour rester au chaud. Elle grommela et s’enfonça un peu plus dans son lit. Soudain, elle entendit à nouveau les petits coups frappés à sa porte. Là c’en était trop !
Ronchon, elle se leva. Elle chaussa ses chaussons, enfila sa robe de chambre et s’avança vers la porte d’entrée. Mais au moment même où elle ouvrit la porte, une boule de neige traversa l’encadrement à toute allure et atterrit pile poil sur son nez. D’abord surprise, elle devint vite furieuse ! Elle secoua son museau et se mit à crier, jurer, pester. Mais les enfants qui avaient lancé la boule de neige riaient de plus belle. Elle leva les bras au ciel en les menaçant d’aller chercher son balai, quand surgirent devant elle Lou la souris et Eliott le renard. C’était eux qui avaient frappé à la porte.
« Anna, commença timidement Lou. J’aurais voulu savoir si tu accepterais de te joindre à Eliott et moi pour un petit-déjeuner ? »
Anna, étonnée par cette invitation inattendue, resta silencieuse. Lou et Eliott la regardaient interrogatifs. Depuis qu’elle habitait dans cette forêt, c’était bien la première fois qu’on lui proposait une telle chose ! Elle était encore passablement énervée par la boule de neige, mais une douce chaleur commençait progressivement à l’envahir. Était-ce de la joie ? Avant qu’elle n’ait pu répondre, sa bouche esquissa de son propre chef un sourire timide. Lou et Eliott se mirent alors à lui sourire à leur tour.
« On prend ça comme un oui alors ! J’habite sous le grand saule pleureur là-bas, lui indiqua Eliott. »
Anna, incapable de prononcer un mot face à tant de gentillesse, hocha la tête. Elle ferma la porte, son sourire toujours inscrit sur le visage. Puis elle se hâta de trouver une tenue. Après avoir essayé quelques vêtements, elle enfila la robe la plus élégante qu’elle avait dans sa garde-robe, une paire de collants en laine et des petites bottines.
Elle sortit de chez elle, lança un regard méfiant aux enfants qui jouaient encore dans la neige, et marcha quelques mètres. Arrivée devant le saule, soudain, elle hésita. Et si elle avait mal compris et qu’elle n’était pas vraiment invitée ? Elle se trouva bête et resta quelques secondes devant la porte sans oser y frapper. Mais Eliott avait dû la voir passer devant la fenêtre, car il ouvrit la porte avec un grand sourire et lui fit signe d’entrer. Anna entra timidement et rejoint Lou qui était déjà installée à table.
Des petits gâteaux étaient disposés sur un petit présentoir sur la table. Les tasses étaient posées, attendant le chocolat chaud fumant qu’Eliott apporta rapidement. Il versa le breuvage dans les trois tasses, puis tendit un gâteau à Anna. Et ils commencèrent à parler de tout et de rien, de leurs vies, de la pluie et du beau temps. Cela faisait tant d’années qu’elle n’avait plus parlé à personne ici !
Quand ils eurent fini de boire leur chocolat chaud et de manger les petites pâtisseries, Anna remercia ses hôtes. Le teint rose et des étoiles dans les yeux, elle prit congé et leur dit :
« Merci ! Demain, je vous invite à prendre le thé chez moi si ça vous dit ? »
Lou et Eliott acquiescèrent ravis. Et sur le chemin du retour, Anna se surprit même à chantonner !